La Fabrique des Mobilités : des outils numériques libres pour créer des communs

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17 novembre 2020 - Maïa Dereva

La Fabrique des Mobilités, créée en 2015, est aujourd’hui une association soutenue par des partenaires comme l’ADEME, l’AFD ou encore le Cerema. Elle se définit comme un “accélérateur européen pour tous les acteurs de la mobilité” et met en relation tous les acteurs du transport et des mobilités (industries, startups, collectivités, écoles, laboratoires de recherche, pôles de compétitivité, agences et ministère). La Fabrique a développé une approche pour identifier les ressources utiles aux acteurs de la Mobilité qui peuvent être mutualisées sous la forme de communs.

Depuis mars 2018, IndieHosters accompagne la Fabrique des Mobilités pour mettre à disposition des participant⋅es des outils numériques libres favorisant la coopération. Comme la FabMob le précise elle-même dans son article “Changer les mobilités implique de nouvelles façons de travailler ensemble” :

Évoluer dans un écosystème d’acteurs hétérogènes pour y créer de la valeur implique de changer de façon de travailler au quotidien. Il devient nécessaire d’être connecté non pas à 10 ou 20 personnes mais à 500 ou 1000…

Après plusieurs années de fonctionnement et une croissance importante du nombre d’acteurs impliqués, la Fabrique dispose d’une expertise importante dans l’usage de ces outils. Mais elle est également en réflexion permanente pour les faire évoluer et les adapter aux usages.

Voici ce qu’Éline Chambon, Chargée de mission Mobilités & Territoires au sein de la FabMob, nous dit de cette démarche :

De l’importance d’accueillir les nouveaux arrivants

Quand on fabrique des communs, l’onboarding doit être autant documenté que le reste pour rassurer et mettre à l’aise les nouveaux arrivants.

Par exemple, nous avons lancé la production d’un nouveau projet appelé “Mon compte mobilité” qui vise à faire changer les habitudes de mobilités sur un territoire. Pour mener à bien ce projet, nous avons besoin d’impliquer de nombreux acteurs différents dans sa construction, aussi bien des grandes entreprises, que des territoires, des citoyens et citoyennes. Cela nous a obligé à repenser tous nos outils pour “embarquer tout le monde”. Nos outils sont très performants, mais comme ce sont des outils libres et open-source, bien souvent les utilisateur⋅ices ne savent pas comment les utiliser, étant habitué⋅es à d’autres interfaces. On essaye donc de les documenter à la fois outil par outil, mais aussi à l’intérieur du processus collectif.

Nous sommes donc en train d’utiliser ce projet “Compte mobilité” pour repenser nos usages, avec des questions centrales comme : Comment favoriser la venue de nouveaux.elles contributeur.rice.s ? Comment ne pas perdre les contributeur⋅ices ? A quel moment utilise-t-on quel outil ? Comment utilise-t-on ces outils pour créer un commun ?

Nous faisons donc un mélange entre le fonctionnement idéal que nous imaginons à terme, et ce dont nous disposons actuellement. Notre préoccupation principale est de permettre à chacun.e d’intégrer un commun ou une communauté le plus facilement possible, et ce de façon graduelle ; puis, en fonction de l’avancement d’une personne dans le processus, de faire en sorte qu’elle s’approprie de plus en plus les outils.

Un parcours d’intégration favorisant la création des communautés

Nous avons déjà rédigé un guide pour tous nos outils, mais nous sommes en train d’élaborer un parcours d’intégration des contributeur⋅ices avec différentes étapes pour favoriser la création des communautés.

Le forum

C’est le premier outil que nous indiquons aux nouveaux arrivants. Pour créer une communauté et rassembler tous les niveaux de contribution sur une même plateforme, nous avons mis en place deux types d’entrées sur le forum :

  • Entrée par communauté : on y trouve des débats autour de sujets qui intéressent une communauté. Quelqu’un lance l’animation avec des sujets pour chaque thématique. L’avantage du forum par rapport au chat c’est que c’est structuré (1 canal = 1 question = des réponses). Cette entrée est destinée aux communautés déjà créées, qui s’approprient l’outil pour discuter avec leurs pairs / des personnes qui partagent leurs problématiques.
  • Entrée par commun : ce qu’on aimerait faire du forum, c’est aussi un outil de communication, c’est-à-dire un outil d’entrée pour apprendre à connaître un commun en cours de production (“là où on en est”, “là où on veut aller”), plus “sympathique” qu’une fiche wiki. Cela favoriserait l’onboarding et la sensibilisation commun par commun. La Fabrique anime cette entrée, pour fédérer une communauté qui n’existe pas encore autour d’un commun.

Le forum doit être animé par des personnes qui se sentent légitimes et qui savent soulever les bonnes questions pour faire réagir les communautés, donc qui doivent avoir une bonne connaissance d’ensemble.

Sur le forum, au-delà de toute l’information, on pousse aussi à s’inscrire à la newsletter pour les personnes qui préfèrent rester passives mais souhaitent restées informées.

Le wiki1

Il est destiné aux contributeurs actifs qui connaissent déjà une problématique.

On y trouve aussi des pages de documentation qui présentent l’histoire le la FabMob, ou expliquent ce qu’est un commun par exemple.

Le wiki c’est vraiment un outil formidable mais ça semble faire peur aux personnes qui débutent. On le garde néanmoins car il est très bien référencé, et permet ainsi de rendre visible les nombreux communs sous la forme d’une documentation structurée.

Sur chaque page de projet/commun, nous avons ajouté des boutons permettant d’accéder directement aux autres outils (chat, forum, liste mail).

Le chat

Il est destiné aux contributeur⋅ices de premier et deuxième niveau pour :

  • la veille poussée : les personnes qui, en plus de suivre le forum ou la newsletter, souhaitent poser des questions. Nous allons créer des entrées par communs. Dans le chat, la contribution est plus forte que celle du forum, les gens deviennent vraiment acteurs.
  • les groupes de travail : les canaux privés du chat sont utilisés pour faire grandir les communs. Un canal privé rassemble la communauté active autour d’un commun. On y discute des productions en cours, on partage nos avancées, nos interrogations.

Le PAD

Nous l’utilisons pour ce qu’il est (notes collaboratives). Ce que nous trouvons intéressant, c’est qu’il nous suit dans les conférences/événements/ateliers et nous permet de les documenter. Ce sont des briques de documentation qui peuvent ensuite se retrouver sur le wiki, et qui participent à rendre réplicable un commun.

Il nous sert aussi pour les comptes-rendus de réunions qui ne sont pas autour d’un commun ou d’une communauté : le PAD sert à rédiger et stocker ces comptes-rendus qui ne seraient pas forcément versés sur le wiki.

Même si nous avons mis du temps à nous saisir de la fonctionnalité des “tags”, le nombre de PADs augmentant avec le temps, il devenait difficile de les retrouver, et nous avons commencé à voir l’intérêt d’utiliser cette nomenclature pour les classer. Nous utilisons aussi parfois un PAD central pour faire une table des matières d’autres PADs autour d’une communauté ou d’un commun donné grâce aux liens que l’on peut y insérer .

Le cloud

Il est aujourd’hui un espace de stockage et de partage de documents. Il est toujours relié à un autre outil. Le chat par exemple ne permet pas le partage de gros fichiers. Du coup, dans chaque canal de chat, nous indiquons en haut le lien vers le dossier de partage dédié.

À l’avenir, nous allons activer la possibilité d’éditer les documents de manière collaborative directement dans le Nextcloud.

Ça serait bien de pouvoir avoir un bouton déjà prévu dans RocketChat et dans le forum pour indiquer le dossier Nextcloud correspondant à un canal ou à une discussion. On aimerait aussi avoir une barre d’outils avec tous les outils intégrés (PAD dans le Nextcloud par exemple)2

Le site wordpress1

C’est un outil de communication extérieure pour le moment, mais nous sommes en train de le repenser pour l’intégrer dans le parcours des utilisateur⋅ices. Aujourd’hui, il est utilisé notamment pour partager nos articles de blog. Nous souhaitons à terme qu’il devienne une plateforme d’accueil permettant ensuite de se rediriger facilement vers les outils adéquats en fonction du niveau d’information/de contribution que souhaitent les personnes.

L’identifiant unique et l’interface unifiée

La question de l’identification partagée ne s’est même pas posée pour nous : c’est vraiment une évidence, car les outils se répondent bien, c’est un “kit”.

Notre but au final c’est que les utilisateur⋅ices passent par une page d’accueil unique pour créer leur profil et non plus s’inscrire sur chaque outil sans savoir que les autres existent, afin de leur montrer l’ensemble des outils tout de suite.2

Tous les outils ont des limites mais ils ont tous des fonctions essentielles pour les commnautés. L’idéal serait de pouvoir tous les relier entre eux.

L’accompagnement

Ça prend du temps de s’approprier tous ces outils. Aujourd’hui, c’est l’équipe d’animation FabMob qui les connaît bien et qui accompagne les contributeur⋅ices. Cette animation est indispensable si on travaille avec des outils libres parce qu’il y a un temps d’acclimatation pour les utilisateur⋅ices qui peut être long si on n’est pas à leur côté pour faire la transition.3

S’extraire des choix politiques pour faire des communs

Notre objectif est d’inclure tous les acteurs quels qu’ils soient, mais ce n’est pas toujours évident parce que les différences culturelles sont grandes. Le choix des outils libres est un choix politique, ce sont des outils d’expression, et pour les équipes qui ne sont pas habituées, cela peut créer des freins, essentiellement dus au fait qu’ils ont pris des habitudes de longue date avec d’autres logiciels.

Nous avons parfois été obligés de nous adapter aux outils de certains, parfois en doublant les outils/les stockages. Dans les grands groupes par exemple, les ordinateurs sont bloqués, les personnels ne peuvent pas installer tous les outils qu’ils veulent et n’ont pas toujours accès à tous les noms de domaine. Avec certains, nous utilisons juste le mail mais on ne peut pas utiliser RocketChat par exemple.

Il faudra de la sensibilisation, de la formation, pour convaincre que les outils habituels ne sont pas les seuls. Mais cela passe difficilement par les utilisateur⋅ices car ce ne sont pas ces personnes qui prennent les décisions. Quand on fait des communs avec des acteurs aussi variés, on doit pouvoir s’extraire des choix politiques de chacun, et de la radicalité. Mais lorsque c’est possible, les outils libres peuvent faire partie d’une acclimatation progressive à l’esprit de la coopération et du partage.


  1. IndieHosters travaille en partenariat avec le Service d’Hébergement pour les communs pour les wikis et les sites Wordpress  2

  2. C’est pourquoi IndieHosters et La Fabrique des Mobilités viennent de passer un partenariat pour développer ces fonctionnalités d’intégration. Cela fait partie des objectifs de Liiibre de proposer une interface entièrement unifiée, et la contribution de la FabMob sera essentielle pour l’ensemble de la communauté.  2

  3. Si vous n’avez pas les ressources en interne, IndieHosters vous propose également des prestations d’accompagnement. 

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